Les gouvernements ont longtemps eu recours aux droits de douane pour protéger leurs industries, corriger les déséquilibres commerciaux ou exercer une pression géopolitique. Mais leurs effets dépassent largement le cadre du commerce. Les tarifs douaniers peuvent alimenter l'inflation, influencer le sentiment des marchés… et impacter directement le prix de l’or. Dans cet article, nous revenons sur les grands épisodes tarifaires de l’histoire pour comprendre comment ces politiques ont façonné le marché de l’or — et ce qu’elles pourraient signifier pour les investisseurs d’aujourd’hui.
Qu’est-ce qu’un tarif douanier ?
Un tarif douanier est une taxe appliquée sur les produits importés, destinée à rendre ces derniers plus coûteux afin de favoriser la production locale. En protégeant certaines industries et en soutenant l’emploi national, les droits de douane peuvent sembler bénéfiques à court terme. Mais ils ont aussi leur revers : hausse des prix pour les consommateurs, perturbations des chaînes d’approvisionnement et climat d’incertitude économique. À travers l’histoire, les politiques tarifaires ont eu un impact majeur sur les dynamiques économiques mondiales et ont souvent influencé les décisions des banques centrales et les tendances monétaires — y compris sur le marché de l’or.
Historiquement, les droits de douane ont eu plusieurs conséquences majeures sur l’économie :
- Hausse de l’inflation : En augmentant le coût des importations, ils se répercutent directement sur les prix à la consommation.
- Volatilité des marchés : L’incertitude liée aux guerres commerciales et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement peut entraîner une instabilité économique et boursière.
- Fluctuations monétaires : Les politiques tarifaires influencent la valeur des devises, ce qui affecte les balances commerciales et le prix des matières premières, dont l’or.
Considéré comme une valeur refuge, l’or tend à voir son prix grimper en période d’incertitude économique ou de poussée inflationniste. Il reflète ainsi les inquiétudes des investisseurs face à l’instabilité des marchés.
Qui paie réellement les droits de douane ?

Bien que les droits de douane soient imposés par les gouvernements, ce ne sont pas les producteurs étrangers qui les paient, mais les entreprises importatrices. Lorsqu’un produit franchit une frontière, l’importateur doit s’acquitter des droits de douane auprès des autorités, avant que la marchandise puisse entrer sur le marché. Ces coûts supplémentaires sont ensuite répercutés tout au long de la chaîne d’approvisionnement, se traduisant souvent par des prix plus élevés pour les consommateurs.
Par exemple, si les États-Unis appliquent un droit de douane de 25 % sur l’acier importé, ce sont les fabricants américains qui paient cette taxe lorsqu’ils achètent leur matière première à l’étranger. Pour compenser, ils peuvent augmenter le prix de leurs produits finaux — ou, s’ils choisissent d’absorber le surcoût, réduire leurs marges, ce qui peut affecter l’emploi ou les investissements.
Le paiement des droits de douane implique des droits de douane aux points d'entrée. Les importateurs doivent déclarer leurs marchandises et payer les droits de douane requis avant que les produits puissent être mis sur le marché national. Les autorités douanières veillent à l'application de ces politiques et au respect des réglementations tarifaires.
Les tarifs douaniers auront-ils un impact sur l'or ?

Les tarifs douaniers influencent rarement le prix de l’or de manière directe. En revanche, ce sont les réactions économiques et politiques qu’ils suscitent qui peuvent avoir un effet marqué sur le marché des métaux précieux. Lorsqu’un droit de douane est imposé, il renchérit le coût des produits importés. Les entreprises répercutent souvent cette hausse sur les consommateurs, générant ainsi des pressions inflationnistes. Or, l’or est traditionnellement perçu comme une protection contre l’inflation : plus les anticipations inflationnistes augmentent, plus la demande d’or tend à croître — entraînant généralement une hausse de son prix.
Par ailleurs, les tarifs douaniers peuvent déclencher des guerres commerciales, désorganiser les chaînes d’approvisionnement et freiner la croissance. Dans ces périodes d’incertitude ou de ralentissement économique, les investisseurs se tournent vers les valeurs refuges, l’or en tête.
Les tarifs douaniers sont-ils efficaces ?

Les droits de douane ont été utilisés à de nombreuses reprises à travers l’histoire, avec des résultats souvent contrastés. Dans bien des cas, ces mesures n’ont pas atteint leurs objectifs économiques initiaux et ont engendré des conséquences négatives imprévues. La plupart du temps, l’imposition de tarifs douaniers a provoqué des perturbations des chaînes d’approvisionnement, une hausse généralisée des prix, ainsi que des représailles commerciales de la part d’autres pays. Voici quelques exemples historiques marquants, accompagnés de l’évolution du prix de l’or dans ces contextes.
Loi Smoot-Hawley (1930)
- Contexte économique : Adopté en pleine Grande Dépression, ce tarif douanier a fortement relevé les droits de douane sur plus de 20 000 produits importés, dans le but de protéger l’économie américaine.
- Effet sur l’inflation : Plutôt que de générer de l’inflation, la période a été marquée par une déflation persistante, limitant ainsi l’impact sur le prix de l’or.
- Prix de l’or : À cette époque, les États-Unis étaient toujours sous le régime de l’étalon-or, avec un prix fixé à 20,67 dollars l’once jusqu’en 1933.
Souvent cité comme un échec majeur, ce tarif a contribué à aggraver la Grande Dépression. Il a freiné le commerce international, déclenché une vague de mesures de rétorsion à travers le monde, accentué la déflation et provoqué une flambée du chômage. Pensée pour protéger les industries américaines, cette politique s’est finalement retournée contre elles en réduisant la demande mondiale et en aggravant la crise économique.
Les Corn Laws et leur abolition (1815-1846)
- Contexte économique : Les Corn Laws imposaient de lourds droits de douane sur les céréales importées afin de protéger l'agriculture britannique, ce qui a entraîné une hausse des prix des denrées alimentaires et contribué à la détresse financière.
- Effet inflationniste: Les droits de douane ont augmenté les coûts de consommation, créant des pressions inflationnistes.
- Prix de l’or : Le prix de l'or est resté stable, mais la demande a augmenté en raison de l'instabilité économique, ce qui a renforcé son rôle de réserve de richesse.
Les Corn Laws étaient censées protéger les agriculteurs britanniques, mais elles ont fini par provoquer des pénuries alimentaires généralisées et des troubles publics. Ces lois ont pénalisé les consommateurs de manière disproportionnée en rendant les céréales plus chères, ce qui a exacerbé la pauvreté. Leur abrogation en 1846 a été considérée comme un triomphe du libre-échange sur le protectionnisme.
Les politiques tarifaires de la France sous la Troisième République (1870–1910)
- Contexte économique : Durant cette période, la France adopte une politique protectionniste marquée, instaurant des droits de douane élevés sur de nombreux produits importés, en particulier les métaux et les denrées agricoles, dans le but de soutenir ses industries nationales.
- Effet inflationniste: Ces mesures tarifaires ont contribué à une hausse des prix à la consommation et à une certaine instabilité économique.
- Prix de l’or : Face aux craintes d’inflation et à un climat économique incertain, la demande d’or a progressé, consolidant son statut de valeur refuge et de couverture contre la perte de pouvoir d’achat.
Si ces droits de douane ont permis de protéger temporairement certaines filières françaises, ils ont également généré des inefficacités économiques et pénalisé les consommateurs. À long terme, cette politique a nourri des déséquilibres qui ont conduit à une remise en question progressive du protectionnisme et à l’ouverture du commerce extérieur.
Le tarif douanier allemand de 1879
- Contexte économique : Sous l’impulsion du chancelier Otto von Bismarck, l’Allemagne adopte en 1879 un ensemble de droits de douane sur les produits industriels et agricoles importés. Cette politique vise à stimuler la production nationale et à asseoir un nationalisme économique naissant, dans un contexte de consolidation de l’Empire allemand.
- Effet inflationniste: L’introduction de ces tarifs entraîne une hausse des coûts de production et des prix à la consommation, en particulier pour les biens de première nécessité.
- Prix de l’or: Dans ce climat de protectionnisme accru et de pression sur les prix, l’or gagne en popularité en tant que valeur refuge, utilisé pour se prémunir contre les risques économiques et les dérives inflationnistes.
Malgré ses effets inflationnistes, cette politique tarifaire a contribué à renforcer les fondations industrielles de l’Allemagne. Elle a soutenu la création d’emplois et favorisé la croissance intérieure, participant à l’essor du pays comme puissance industrielle majeure à la fin du XIXe siècle.
La surtaxe de 10 % sur les importations industrielles de Nixon (1971)

- Contexte économique : Nixon a imposé une surtaxe à l'importation de 10 % et mis fin à l’étalon-or, ce qui a entraîné une forte inflation dans les années 1970.
- Effet inflationniste : Cette décision a contribué à la hausse des prix à la consommation.
- Cours de l’or : Ils sont passés de 35 dollars l’once en 1971 à plus de 180 dollars en 1974.
Bien que cette mesure visait à corriger les déséquilibres commerciaux et à renforcer l’économie américaine, elle s’inscrivait dans une politique plus large qui a mis fin à l’étalon-or, déclenchant une période d’inflation marquée dans les années 1970. La surtaxe fut de courte durée, mais les pressions inflationnistes ont ensuite provoqué une envolée du prix de l’or et une instabilité économique.
Droits de douane sur l’acier et l’aluminium (2002 – Administration Bush)
Prix de l’or entre le 1er janvier 2002 et le 31 décembre 2003
- Contexte économique : En 2002, l’administration Bush impose des droits de douane pouvant aller jusqu’à 30 % sur les importations d’acier, dans le but de protéger les producteurs américains. Cette mesure a toutefois eu des répercussions sur les secteurs fortement dépendants de l’acier, comme l’industrie automobile et la construction.
- Effet inflationniste : Les coûts de fabrication ont augmenté pour de nombreuses entreprises, mais les effets inflationnistes à l’échelle de l’économie sont restés relativement limités.
Prix de l’or : L’or évoluait déjà dans un marché haussier, soutenu par un affaiblissement du dollar américain. Entre début 2002 et fin 2003, le prix de l’or est passé d’environ 280 $ à plus de 400 $ l’once, reflétant une demande croissante pour les actifs refuges.

Si les droits de douane ont temporairement soulagé les producteurs d’acier, ils ont aussi alourdi les coûts pour les secteurs en aval. Face aux tensions économiques, aux critiques internes et aux menaces de représailles commerciales, les États-Unis ont finalement levé ces mesures plus tôt que prévu.
Guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine (2018–2019 – Administration Trump)
- Contexte économique : Les États-Unis ont imposé des droits de douane sur plus de 300 milliards de dollars de produits chinois. En réponse, la Chine a instauré des droits de douane sur un large éventail de produits américains.
- Effet inflationniste : Cette escalade tarifaire a entraîné une hausse des prix à la consommation, des perturbations importantes dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et une forte volatilité des marchés.
Prix de l’or : Dans un contexte d’incertitude économique et de tensions géopolitiques accrues, le prix de l’or a progressé de manière significative, passant d’environ 1 200 $ l’once à la mi-2018 à plus de 1 500 $ l’once à la mi-2019.

Bien que ces droits de douane aient été conçus pour réduire le déficit commercial avec la Chine et relancer l’industrie manufacturière américaine, ils ont surtout provoqué une hausse des coûts pour les entreprises et les consommateurs, accru l’incertitude sur les marchés et entraîné des mesures de rétorsion de la part de Pékin. Malgré la signature d’un accord partiel dans le cadre de la « phase 1 », les bénéfices économiques sont restés limités, tandis que les chaînes d’approvisionnement mondiales ont été durablement fragilisées.
Droits de douane post-pandémique et perturbations de la chaîne d’approvisionnement (2021–2023)
- Contexte économique : Dans le sillage de la pandémie de COVID-19, les restrictions commerciales héritées de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine sont restées en place. Parallèlement, les chaînes d’approvisionnement mondiales ont subi d’importantes perturbations.
- Effet inflationniste : Ces tensions ont contribué à une inflation record, atteignant en 2022 des niveaux inédits depuis plus de 40 ans dans plusieurs grandes économies.
- Prix de l’or : Dans ce climat d’incertitude économique et de perte de pouvoir d’achat, l’or a atteint un sommet de 2 050 dollars l’once en mars 2022, avant de se stabiliser.

Si ces mesures tarifaires s’inscrivent dans un effort plus large de relocalisation industrielle et de renforcement de l’indépendance économique, elles ont également alimenté l’inflation et accentué les goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, pesant sur la reprise économique mondiale.
L’or, valeur refuge en période d’incertitude économique
L’or joue depuis longtemps un rôle central en tant que valeur refuge face à l’inflation, à la dévaluation des monnaies et à l’instabilité financière. En tant qu’actif tangible, il conserve sa valeur indépendamment des cycles économiques.
Les investisseurs se tournent généralement vers l’or lorsque :
- L’inflation diminue le pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires.
- Les tensions géopolitiques ou les incertitudes économiques pèsent sur les marchés financiers.
- Les taux d’intérêt sont bas, réduisant l’attrait des placements traditionnels comme les obligations.
Dans un contexte marqué par des droits de douane, des perturbations commerciales et des risques inflationnistes, la capacité de l’or à préserver le pouvoir d’achat en fait un actif stratégique pour traverser les périodes de turbulence.
Comment investir dans l’or : stratégies et points de vigilance

Face aux incertitudes économiques, notamment celles liées aux politiques tarifaires, l’or reste une solution prisée pour préserver son patrimoine. Voici quelques approches courantes pour investir dans l’or :
1. L’or physique
Investir dans l’or physique est l’une des approches les plus traditionnelles et les plus directes. Cela consiste à acheter des lingots ou des pièces d’or, permettant ainsi de détenir personnellement le métal précieux. Cette forme d’investissement offre un contrôle tangible sur l’actif, sans risque de contrepartie. En revanche, elle implique des considérations logistiques : il est essentiel de prévoir des solutions de stockage sécurisées, telles qu’un coffre-fort personnel ou des services de stockage professionnels.
2. Fonds négociés en bourse (ETF) et fonds communs de placement liés à l’or
Investir dans des fonds négociés en bourse (ETF) et des fonds communs de placement liés à l’or permet de s’exposer au marché de l’or sans avoir à en détenir physiquement. Les ETF suivent de près l’évolution du prix du métal précieux tout en offrant une grande liquidité et une facilité d’achat ou de vente sur les marchés financiers. Les fonds communs de placement, quant à eux, investissent dans des entreprises du secteur aurifère, comme les sociétés minières, offrant ainsi une exposition indirecte à l’or.
3. Actions minières aurifères
Les actions minières aurifères offrent aux investisseurs un moyen de tirer parti de la hausse du prix de l’or en investissant dans les entreprises qui en assurent l’extraction. Ce type d’investissement peut s’avérer particulièrement rentable lorsque le cours de l’or est orienté à la hausse. Toutefois, il comporte des risques supplémentaires liés aux aléas opérationnels, à la gestion des entreprises et à la volatilité des marchés boursiers, qui peuvent influencer les performances indépendamment de l’évolution du prix de l’or.
4. Contrats à terme (futures) et les options sur l’or
Les contrats à terme et les options sur l’or représentent une forme d’investissement plus sophistiquée, destinée aux investisseurs expérimentés. Ces instruments permettent de spéculer sur les fluctuations du prix de l’or avec un effet de levier. Les contrats à terme engagent l’acheteur ou le vendeur à acheter ou vendre une certaine quantité d’or à une date et un prix déterminés. Les options, quant à elles, donnent le droit — mais non l’obligation — d’acheter ou de vendre de l’or à un prix fixé, offrant ainsi plus de flexibilité. Bien que ces stratégies puissent générer des gains importants, elles comportent également un niveau de risque élevé.
Se préparer à l’impact des droits de douane

Les effets des droits de douane ne se manifestent pas toujours immédiatement. Les marchés mettent souvent du temps à en absorber les implications économiques, et les conséquences se déploient progressivement. Comme l’ont montré les années 1930 et 1970, ces mesures peuvent déclencher une série de réactions économiques en chaîne. Au-delà de l’effet direct sur les échanges commerciaux, les droits de douane peuvent générer des répercussions secondaires et tertiaires : poussée inflationniste, ajustements de la part des banques centrales, tensions géopolitiques… autant de facteurs qui influencent directement le prix de l’or.
Si les États-Unis venaient à instaurer des droits de douane universels, l’histoire suggère une possible augmentation de la demande de métaux précieux, en particulier si les marchés anticipent une hausse durable de l’inflation ou une détérioration de la confiance économique. Dans ce contexte, la meilleure stratégie pour les investisseurs reste une approche patiente, informée et réactive. Comprendre les effets en cascade des politiques tarifaires permet d’anticiper les évolutions de la demande d’or. Surveiller attentivement l’évolution de l’économie, de l’inflation et des politiques monétaires est essentiel pour prendre des décisions d’investissement avisées. L’or, en tant que réserve de valeur résiliente, conserve une place centrale dans toute stratégie patrimoniale en période d’incertitude.